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La DHEA en vente en France, aux
risques et périls des utilisateurs
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Paradoxale
mise en vente de la DHEA : ce n'est pas
un médicament, mais elle doit être
prescrite par un médecin avant d'être
"préparée" par un pharmacien.
Des
mises en garde sont donnés aux personnes
atteintes d'un cancer de la prostate, du
sein ou de l'utérus, ainsi qu'aux femmes
sous traitement hormonal au moment de la
ménopause.
PARIS,
11 juin (AFP) - Sans autorisation de mise
sur le marché, sans statut juridique
clair et sans autre contrôle que celui
imposé aux fournisseurs et aux
pharmaciens, la DHEA, plus connue sous le
sobriquet de "pilule
anti-âge", a fait son apparition
sur le marché français depuis déjà
quelques mois, aux risques et périls des
utilisateurs.
Fortement
médiatisée, la livraison début juin en
France des quarante premiers kilogrammes
de la célèbre poudre, annoncée par
Cooper, l'un des plus gros fournisseurs
de matières premières pharmaceutiques,
marque sans doute le début d'un
engouement massif.
Mais,
plus discrètement, d'autres fournisseurs
approvisionnaient déjà le marché
français. Et, entre les commandes sur
Internet, les achats faits --sans
ordonnance-- dans des pays limitrophes de
la France où aux Etats-Unis, et les
demandes formulées directement auprès
des pharmaciens, la fameuse pilule
connaissait déjà un beau succès.
"Chaque
fois que je vais à un congrès aux
Etats-Unis, je suis submergé de demandes
de DHEA, en telle quantité qu'il me
faudrait des malles pour satisfaire les
amis, la famille et même les
collègues", expliquait récemment
à l'AFP un cardiologue coutumier des
déplacements transatlantiques.
Désormais,
les ventes en France devraient passer à
la vitesse supérieure, d'autant que
cette pilule y bénéficie d'un flou
juridique exceptionnel.
"Comme
aucun laboratoire pharmaceutique n'a fait
d'étude sur le produit et qu'aucune
demande d'autorisation de mise sur le
marché n'a été déposée, la DHEA
n'est pas considérée comme un
médicament", a précisé lundi à
l'AFP le Dr François Meyer, adjoint au
responsable de l'évaluation à l'Agence française
de sécurité sanitaire des produits de
santé (AFSSAPS).
Des risques réels
Mais
si la DHEA n'est pas un médicament, elle
doit cependant être prescrite par un
médecin.
Les
pharmaciens ont le droit d'en faire des
préparations magistrales, mais il leur
appartient de vérifier la bonne qualité
du produit qu'ils préparent. En cas de
pépin, ils seront considérés comme
responsables, au même titre que les
médecins qui auront prescrit la DHEA et
le laboratoire fournisseur, explique-t-on
à l'AFSSAPS.
"Les
pharmaciens peuvent se procurer le
produit comme ils l'entendent mais c'est
à eux de s'assurer qu'il est sain",
affirme le Dr Meyer.
Mais
les 23.000 pharmaciens d'officine
français ne sont guère en mesure de
vérifier techniquement la qualité de la
matière première, comme le soulignait
leur Ordre dans son bulletin en mars.
L'Ordre des médecins est encore plus
clair : il conseille "de ne pas
répondre favorablement à la demande
d'un patient, dans l'intérêt de
celui-ci, et en raison de la
responsabilité engagée du médecin
prescripteur en cas d'incident même
allégué, ou de poursuite.
Le
Pr Françoise Forette, chef du service de
gérontologie à l'hôpital Broca à
Paris et co-auteur, avec le Pr
Etienne-Emile Beaulieu, de l'unique
étude scientifique existante sur la
DHEA, met en avant d'autres risques
sérieux.
Selon
elle, la prise de l'hormone qu'est la
DHEA pourrait être contre-indiquée aux
personnes atteintes de certains cancers
dits "hormono-sensibles"
(prostate, sein ou utérus). Selon les
cancérologues, la DHEA ne provoquerait
pas ces cancers mais pourrait faire
"flamber" des tumeurs déjà
existantes.
Il
n'est en outre pas exclu du tout que,
chez les femmes sous traitement hormonal
au moment de la ménopause, la DHEA
puisse déclencher des cancers du sein,
puisque dans l'organisme elle se
transforme en ostrogènes qui s'ajoutent
aux hormones que la femme prend déjà.
Les
débordements sont d'autant plus
prévisibles que les pharmaciens
signalent déjà des demandes émanant
d'hommes - alors que l'efficacité chez
eux de la DHEA est loin d'être prouvée
- et de jeunes femmes - alors que les
résultats obtenus portent sur des
vieilles dames.